Edito - accueil Massabielle

De la réalité... aux valeurs des enfants

Cela devait être un matin ordinaire. Existe-t-il des matins ordinaires lorsqu'on a la chance d'enseigner à des enfants? Oui, cela devait ressembler à des moments de vie et de partage qui peuvent être vécus par des jeunes et des enseignants. Bien sûr, il y a les leçons plus ou moins bien retenues, le travail demandé plus ou moins bien appliqué. Mais, j'avais oublié que la veille au soir, la France venait de disputer au Portugal un match de l'Euro 2004.

Quelques jours avant, il y avait eu cette Fête de l'école et ces dix ballons de l'Euro offerts à une tombola qui avaient aguisé les regards, les envies, les passions. Cette tombola qui avait bouleversé les porte-monnaie des parents. Cette tombola qui avait surpris les enseignants par son rapport financier.

Dans cette cour de récréation, j'avais oublié l'essentiel. je peux dire que je suis vite revenu à la réalité. La réalité? Ce n'était pas celle qui me préoccupait à cet instant: Le groupe d'enfants qui m'entoura ne savait pas que je pensais à la réunion du soir, à la question de ma collègue rencontrée à l'entrée de l'école, aux inscriptions scolaires pour l'année prochaine... Non, cela c'était ma réalité. Celle que de nombreux enfants tentaient de me faire toucher du doigt, c'était la sportive, celle qui fait courir les foules et parfois oublier les valeurs.

Oui, j'étais loin. Je fus vite obligé de me rendre à l'évidence. "Ils étaient nuls ces sportifs". "On n'avait pas sélectionné les meilleurs". Je passe sur l'exagération des propos. Très vite ces sportifs, adulés encore la veille, étaient ignorés par des enfants dont les réflexions rappelaient celles des adultes dans de telles circonstances.

Oui, ma mission était là. Il fallait relativiser cette compétition sportive, montrer, pour que le challenge puisse continuer, la nécessité d'un vainqueur, enseigner la force que procure une défaite. Il fallait délivrer un message éducatif. Qui m'a écouté? C'étaient des enfants et ils vivaient intensément le présent et la déception de la défaite.

Aujourd'hui, les informations vont vites, certaines images véhiculent des réactions dangereuses. la télévision si elle peut procurer du rêve entraîne aussi des effets pervers.

Elle était loin ma réalité dans cette cour de récréation. Elle était loin la réalité des enfants dans de même endroit.

La sonnerie a appelé au rassemblement. Les rangs s'alignaient, le silence se faisait. On rentrait en classe. ils rentraient pour apprendre, ils rentraient pour bâtir leur personnalité et construire leur propre pensée. Les valeurs de l'école reprenaient la réalité.

Enfin si au moins l'école pouvait faire comprendre que la compétition, le respect, le partage, la vie sont des valeurs universelles.

Juin 2004.


Le directeur,
André BROQUE